28.12.06

La France invisible

Je proposerai chaque mois une critique d'ouvrage, publiée parallèlement dans la News des livres de la Fondation Jean Jaurès. Deux objectifs avoués: être lu et ouvrir la discussion. Un espoir : donner envie de lire l'ouvrage critiqué.
Ce mois-ci, j'ai lu une passionnante investigation sociale : La France invisible.
Ou quand toute une partie de Français n'attend qu'une chose : qu'on appuie sur "l'interrupteur" pour sortir de l'invisibilité.


Dans l’œuvre monumentale que constitue son Journal, Julien Green écrivit que « le grand pêché du monde moderne, c'est le refus de l'invisible ». Les auteurs de La France invisible, sociologues, journalistes, historiens assument pleinement ce « sacrilège ». Ils entendent révéler, à travers une série d’enquêtes et de portraits, une réalité très largement oubliée des statistiques. Ambitieux défi que celui qui consiste à vouloir sortir de l’ombre, des parcours de vies qui, déviant des trajectoires traditionnelles, ont fini par être difficilement appréhendables. Pis encore la vie insaisissable de ces individus, les chemins de traverse qu’ils empruntent les condamnent à ne plus être « répertoriés » par la puissance publique. A l’heure du ciblage des politiques sociales par catégories d’individus, toute une frange de la population souffrirait du mal le plus pernicieux qui soit : l’invisibilité. Or on ne soigne pas des maux que l’on ne nomme pas, pas plus qu’on ne peut s’attaquer aux situations qu’on ne voit pas.

L’ouvrage dirigé collectivement par Stéphane Beaud, Joseph Confavreux et Jade Lindgaard propose une démarche louable et fait émerger tout un « continent de notre société ». Il parvient ni plus ni moins à démontrer que les filtres servant aux actions de politique sociale sont le plus souvent inopérants. On est tenté de s’écrier ici que le projet n’est pas neuf et que la puissance publique subit depuis maintes années maintenant les assauts de tous bords sur le seul argument de l’inadaptation des outils notamment statistiques aux réalités complexes d’une société atomisée. Mais le projet de La France invisible dépasse l’unique critique comptable et la dénonciation de la place du « chiffre » dans la décision publique. Il fait apparaître une société dans laquelle les solidarités de classe n’ont pas totalement disparu mais ont été refondues. Elles se sont réorganisées autour de nouveaux enjeux : avoir ou pas un emploi, avoir ou pas un logement, avoir ou pas un handicap, avoir ou pas accès aux transports, etc… Les portraits d’invisibles, les récits, les entretiens réalisés auprès de publics variés, offrent au final une vision utile à tous les acteurs du champ social et interrogent la conduite des politiques publiques. Partir des réalités sociales et adapter les éléments de réponse en permanence. Il s’agit de rectifier le tir !

En re-découvrant cette France-la, on entre de plain pied dans la vie de femmes et d’hommes aux destins torturés, et l’on prend la mesure de situations humaines et individuelles d’une extrême gravité. Les questions surgissent et prennent corps au fur et à mesure des portraits et des vies que l’on nous donne à voir. Qui sont ces personnes étrangères au logiciel des politiques publiques telles qu’elles sont conçues aujourd’hui dans le champ social ? Quelles formes revêt l’invisibilité ? Quelles en sont les racines ?

Plus largement, c’est la question de l’inscription à l’agenda politique de problèmes nouveaux qui est posée. A partir de quand, par quel processus, une réalité sociale devient une statistique, puis un problème clairement identifié et enfin un problème politique qu’une politique publique spécifique vient prendre en considération ? On touche là au vrai intérêt du travail réalisé dans La France Invisible car il n’y est pas seulement décrit l’invisibilité et les différentes réalités qu’elle recouvre, on y démonte les rouages d’une machinerie plus lourde qui crée véritablement de l’invisibilité de manière systémique.
Première étape dans ce « désossage » en règle : la part prise par les sociologues. Les invisibles ne correspondent pas à une catégorie sociale homogène. Dès lors, ils sont pour la sociologie française, des « angles morts ». Ce premier non-dit des sociologues provient aussi, selon Stéphane Beaud, d’une « réticence à aborder les problèmes sociaux du moment », d’une « défiance à l’égard des sujets les plus chauds socialement et politiquement » et d’une « fascination pour les petits objets qui conservent un fort accent d’étrangeté ou d’exotisme ».
Deuxième source d’invisibilité pointé du doigt : le droit. Celui-ci ne vient bien souvent, comme l’écrit Danièle Lochak, qu’ « en redoublement de l’expérience courante : il ne se saisit pas de ce qui est inconcevable pour l’entendement commun ».
Mais la construction de l’invisibilité, car c’est bien d’un construit qu’il s’agit et non d’une situation découlant d’une situation sociale spécifique, est un processus – une spirale négative - qui engage plusieurs acteurs. L’ouvrage a comme principale vertu de fournir une analyse précise des rôles de chacun. Il fournit les clefs d’explication de l’invisibilité après avoir montré sa réalité : l’attitude parfois rétives des politiques face aux idées neuves, le difficile décompte statistique de réalités individuelles éclatées et mouvantes, le traitement médiatique déformant, la délicate adéquation entre réalités sociales et croyances politiques et idéologiques, les discours contradictoires sur les classes moyennes ou encore la faible reconnaissance du travail social.

La France invisible est une contribution importante dans la perspective de 2007. Lisez cet ouvrage comme un véritable travail d’investigation sociale, comme la mise en mots nécessaire de réalités mal connues.
De là à y découvrir une France invisible…
La News des livres de la fondation Jean jaurès est téléchargeable sur le site :

22.12.06

Joyeuses fêtes à tous !

Cette année, dans la lettre préparée par la main gauche d'Ambidextre, bizarrement, très peu de place pour la politique, tout juste une allusion au détour d'une phase, histoire de "tester" le débonnaire père noël.
Quel politique tout de même quand on y songe, ce père noël ; chaque année des promesses, chaque année la même barbe, chaque année le même veston rouge, et chaque année on se fait avoir de bonne grâce.
Le père noël ferait à coup sûr un candidat redoutable ! Populaire, fédérateur, constant, mesuré... c'est décidé, moi en décembre, je vote "papa noël" !

30.11.06

La "divine surprise"...

On nous avait prévenus côté UMP : "vas y avoir de la surprise !". Résultat : Nicolas Sarkozy est candidat à l'investiture UMP...Bon bah merci les gars... Super la surprise!
Je ne vais pas faire long. Seulement vous demander de réagir sur cette "non-surprise", sur cet exceptionnel "non-évènement", sur ce magnifique "non-suspense". Eventée par Libé, connue depuis trois ans et la scène du "pas seulement en me rasant", qu'éveille en vous la candidature du ministre de l'Intérieur ?

Et la "rupture tranquille", c'est pas beau ça ? Non, mais à l'UMP, on ne fait pas dans le slogan facile. On n'est pas des communicants mais des esthètes de l'idée! On est solides. On veut mener une campagne idées contre idées, et même projet contre projet! On entend battre une Ségolène inconsistante, sans compétence ni contenu. Résultat: "la rupture tranquille"...
Sarko en 2007, c'est Chirac dans la forme et Mitterrand dans le fond : faire provincial en intervenant dans la PQR (Voix du Nord en 1994 pour Chirac) et lancer du slogan rassurant mais punchy (la "force tranquille" de Mitterrand en 1988).
C'est vrai qu'à côté "Désirs d'avenir" et "l'ordre juste", c'est vraiment débile... La "rupture tranquille", ça fait sens pour vous ? ou ça fait "pschitt" ?

16.11.06

Sarko Ségo Show


"Ségo présidente !! Ségo présidente !!"
Il faudra s'y habituer. Ségolène Royal a remporté les suffrages des militants et sera la candidate du parti socialiste aux éléctions présidentielles.
A driote aussi, il faudra s'y habituer et admettre que cette date du 16 novembre 2006 est historique. A plus d'un titre...

Ségolène Royal sera la première femme à représenter un parti de gouvernement aux éléctions présidentielles.

L'élection de Ségolène Royal s'est fait à l'issue de primaires d'une forme inédite dans la vie politique française.

Le parti socialiste confirme avec ses résultats la nouvelle sociologie de son appareil militant. Le poids des nouveaux adhérents venus par et pour Ségolène Royal et l'engouement de la base guidée par des sondages unanimes reflètent un nouvel état d'esprit au sein d'un parti jusqu'alors moribond et viellissant.

Mais si cette date marquera l'histoire, c'est parce qu'elle est un point fondateur et majeur d'une campagne électorale qui marque un tournant dans la vie politique française et s'annonce à plusieurs exceptionnelle dans sa dramatirgie et ses enjeux.

Ségo/Sarko : un duel qui donne à lui seul un coup de fouet à la vie politique française.
Une nouvelle génération prétend aux responsabilités les plus hautes.
Le paysage politique penche définitivement à droite.
Le pouvoir de l'image attendra vraisemblablement son paroxysme.

Mais ce duel tiendra t-il ses promesses ?
Et si Ségolène Royal n'était pas à la hauteur de sa propre ambition.
Et si la coquille Royal était vide.
Et si Nicolas Sarkzoy n'attendait que cela.. une candidate copier-coller, une pâle copie de tout ce qu'il représente aux yeux des français : la rupture vis à vis des siens, vis à vis des politiques passées, vis à vis d'une certaine pratique de la politique, une rupture illustrée en image, une image soignée, jusqu'au moindre détail, comme la sienne.

Une pâle copie... sans le verbe, ni la force de conviction de son adversaire !!
NEANMOINS, QUE LE MEILLEUR GAGNE...

1.11.06

Un développement durable maintenant !


"Le rapport, rédigé par l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale Nicholas Stern, souligne qu'une action internationale immédiate pour stabiliser les émissions de gaz à effet de serre à l'origine des changements du climat planétaire aurait des retombées économiques bien supérieures au coût des mesures prises en ce sens. Selon le rapport Stern, ne rien faire pour lutter contre le changement climatique risque d'entraîner une crise économique de l'ampleur de celle de 1929.Le rapport de 700 pages, publié lundi, dit que quoi que nous fassions maintenant, il est déjà presque impossible de maintenir les gaz à effet de serre à un niveau qui, selon les scientifiques, permettrait d'éviter les pires conséquences du changement climatique. Le coût estimé serait de 5.500 milliards d'euros.Il affirme que, contrairement à ce qu'a fait valoir le président américain George Bush, qui s'est retiré du Protocole de Kyoto, en partie parce que cela coûterait selon lui des emplois, le monde n'a pas à choisir entre la lutte contre le changement climatique et la croissance économique.
"Les données relevées par l'étude mènent à une conclusion simple: les bénéfices d'une action forte et rapide dépassent considérablement les coûts", dit le rapport préparé pour le Premier ministre britannique Tony Blair et le ministre des Finances Gordon Brown.
Qu'en pensez-vous ? L'environnement n'est-il pas devenu la première des priorités ?

12.10.06

Le vent l'emportera...


"Que veut dire Français de souche ? Cela veut-il dire que les autres sont des Français de feuillage, des Français de branchage ? "

Ces propos vous semblent pitoyables ? Ils sont ceux d'une candidate plus que sérieuse à la présidence de la République Française. Ségolène a prononcé ces mots alors qu'elle s'exprimait sur l'immigration et des populations en étant issus.

Ces propos vous font peut-être rire... Ils m'inquiétent profondément par leur profondeur abyssale. Comment une candidate à la présidence de la République peut-elle prononcer un discours aussi creux ?

Je ne reviens pas sur le fond et le détail de ses propos... Mes connaissances horticoles ne font pas le poids face à un discours aussi pointu. A moins qu'il s'agissait d'une métaphore généalogique joliment filée ? Permettez-moi d'en douter.

Ségolène Royal pratique la démagogie sans talent, l'engagement sans courage, l'image sans le son...
Et quand le son perce, c'est pour donner l'image d'une candidate sans programme, ni conviction :
Quand Ségolène Royal s'exprime, ce jeudi, sur l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, elle se refuse à dire si elle y est favorable ou non : "Mon opinion est celle du peuple français".
Ca nous fait une belle jambe. Avec une telle posture, elle ne risque rien...

Elle ne risque pas, en tout cas, de gagner face à Nicolas Sarkozy qui exprimait encore ce soir une philosophie bien plus ambitieuse : "je dirai tout avant parce que je ferai tout après" : on est loin du "je dirai rien avant au risque d'être démasquée !" qui semble être aujourd'hui la posture Royal notamment quand elle fait tout pour refuser le débat. Elle a affirmé ce soir qu'elle se réservait le droit de ne pas participer à tous les débats prévus dans le cadre de la campagne interne au PS... Trop risqué, pas si bête Miss Sondage !

28.9.06

Etre juste avec Lionel Jospin.

On dira certainement dans les jours qui viennent tout et n'importe quoi sur sa décision. Qu'il a baissé les bras. Qu'il a compris qu'il appartenait au passé. Qu'il n'était pas assez populaire pour être président. Pas assez cela, trop ceci...Nombre d'explications seront convoquées. Beaucoup seront vraies mais aucune ne sera juste.
Pour la famille socialiste, pour moi, Lionel Jospin demeure une voix remarquable à gauche. Son vrai succès est d'avoir montré les voies de la modernité pour la gauche. Il a confirmé la capacité du PS à gouverner la France avec pragmatisme (privatisations, réduction du déficit public, effort accru de remboursement de la dette, soutien à l'investissement) sans pour autant rompre avec les idéaux de justice sociale et de proximité (cmu, police de proximité, emplois jeunes). Son nom restera associé à la période 1997-2002, marquée par un formidable dynamisme de l'économie et l'esprit de responsabilité (seule période de baisse de la dette publique de ces quinze dernières années!!).

"Il restera pour moi, pour une partie de la gauche,
pour la majorité des socialistes, la voix de la responsabilité."



Bien sur, il y a eu la calamiteuse campagne de 2002, et avant cela le dogmatisme stérile des 35h, une certaine impuissance face au chômage notamment des jeunes, et puis il y a cette austérité maladive du personnage. Mais au final, les années Jospin sont à jamais celle de la crédibilité retrouvée pour la gauche.
C'était une toute autre France qu'aujourd'hui me semble t-il! Une France qui réussissait (croissance économique de près de 4,5% en 2000!!), partageait (CMU, CSG) et qui batissait (l'Europe de la Défense à Saint-Malo en 1998, l'entrée de la France das l'Euro, etc).
Lionel Jospin a démontré en se retirant de la course à l'investiture combien il tenait à l'unité du parti. Il restera pour moi, pour une partie de la gauche, pour la majorité des socialistes, la voix de la responsabilité. Pour tout ce qu'il a accompli, il mérite une place à part.

4.9.06

Au temps de Mitterrand, c'était Sagan...


C'est la rentrée politique. L'heure est venue pour Ambidextre de vous inviter à son université d'été. C'est désormais un passage obligé de la vie politique et médiatique. A chaque université son histoire, ses querelles, ses enseignements aussi.
La Rochelle d'abord. Certainement pas le moment le plus glorieux du parti socialiste. Ni même le moment le plus constructif. Un long week end de discours, de petites phrases et de mises au point. Le PS n'en est pas sorti grandi. Aucune ligne, aucun cap n'ont été défini. Mais le débat, souvent tendu, parfois médiocre, a existé. A gauche, les options s'esquissent. Elles ont le mérite d'exister.
Marseille ensuite. L'enthousiasme des jeunes UMP, joliment moulés dans leur tee-shirts floqués "Sarko président", assurait, à l'ouverture, l'essentiel du spectacle. Une première partie d'université pimentée par une joute footbalistique opposant jeunes militants et parlementaires.
Une initiative très amusante. Tout cela était, je dois bien le dire, assez bien vu, et dans l'esprit, et dans la bonne humeur affichée.
Mais on attendait le clou du spectacle. Ce fut la confusion. Le président de l'UMP a définitivement confondu selon moi politique du marketing et marketing politique. Le sens a son importance.
On retient quoi au final de Marseille ? Halliday à côté de Fillon, Doc Gynéco confessant avoir trouvé son "petit maître à penser", les passements de jambes de Baroin, le ralliement de ce qu'il reste de chiraquie, ou bien le flou artistique d'ensemble ? L'UMP s'est en fin de compte montrée à l'image de son président. Dans le flou intégral. Sarko veut montrer tous les visages à la fois et finit par ne plus offrir qu'un visage incohérent. Tantôt gaulliste, tantôt souverainiste, tantôt social, tantôt libéral.
Je propose d'ouvrir notre université d'été sur une e-table ronde, autour de trois questions :
  1. Au fait, la "rupture", c'est toujours d'actualité ?
  2. Et le "libéralisme populaire", c'est quoi ?
  3. Dans marketing politique, y a pas politique ?

13.7.06

1995 - 2006 : le « pschitt présidentiel » permanent !




Une majorité relative de Français (47 %) estime que les deux présidences de Jacques Chirac ont été « utiles pour la France », tandis que 43 % sont d'un avis contraire, selon un sondage LH2-Libération. Vous me permettrez de partager l’avis des minoritaires… Pour moi, les années Chirac furent un désastre.

Le passage de Jacques Chirac à l’Elysée, c’est une fusée à trois étages : une base ancrée dans l’inaction, un moteur alimenté par le mensonge, un cockpit fait d’amoralité. L’inaction, celle qui conduisit, par exemple, à laisser une crise majeure se dérouler (crise des banlieues) sans même intervenir. Le mensonge, ensuite, celui de la baisse de 30% de l’impôt sur les sociétés promise par le candidat Chirac de 2002. Le plus grave enfin, l’amoralité. Une amoralité assumée, affichée, presque encouragée au plus au haut niveau de l’Etat. Les HLM de Paris, Clearstream, l’amnistie de Guy Drut, autant de coups portés à la crédibilité du politique. Autant de discrédit sur la fonction présidentielle aussi.

Le scénario a bien changé en douze ans de chiraquisme : au lieu d’« objectif Lune », on a projeté « Y - a-t-il un pilote dans l’avion ? ». C’est long douze ans de fiction…ça vous donne envie de changer radicalement de casting!!

5.6.06

Pour que le débat ne parte pas en fumée, Ambidextre met le paquet!

Interdire la cigarette dans les lieux publics ?
Le débat n'est pas nouveau. Depuis de nombreuses années déjà, partisans de l'interdiction totale et défenseurs du "droit à fumer librement" s'affrontent en France. Les pouvoirs publics, conscients des limites de la loi Evin, conscients aussi et surtout de la jurisprudence nouvelle de la Cour de cassation, ont à proposer des solutions nouvelles, sans doute radicales, face un problème qui dépasse le seul cadre sanitaire.


Le débat est lancé sur Ambidextre. Faut-il interdire la cigarette de tous les lieux publics ? Derrière cette seule question, c'est un vrai débat de société qui s'ouvre.
L'Etat doit-il intervenir sur ces questions ?
Faut-il que la sécurité sociale finance les dispositifs et médicaments prévus pour permettre la sortie de la cigarette ? Ou faut-il à l'inverse responsabiliser le fumeur en lui faisant assumer le coût de son addiction ?
Les fumeurs sont-ils à "bannir" de l'entreprise ? Y a t-il une "diabolisation" des fumeurs ? Attente t-on à une liberté individuelle en interdisant de fumer dans les lieux publics ?...
Pour que le débat ne parte pas en fumée, Ambidextre met le paquet!

5.5.06

La prochaine Europe


J'ai fait un rêve.
Le rêve que ces deux hommes soient bientôt les moteurs qui remettront sur la route une Europe en panne, qui donneront à l'Europe une ambition nouvelle de Cardiff à Bucarest, de Faro à Tallinn. Une Europe sans complexe, libérale et performante, rompant avec la morosité et l'arrogance du couple franco-allemand...
Est-ce un hasard si j'ai fait ce rêve le soir où David Cameron fait un pas électoral de plus vers la succession de Tony Blair, grâce à la victoire du parti qu'il préside aux éléctions locales britanniques ?

1.5.06

La France lâche de l'Est


Les ressortissants des huits pays de l'Est dernièrement entrés dans l'Union Européenne peuvent désormais venir librement travailler dans l'hexagone dans les secteurs du BTP, de la restauration, de l'agriculture, de la mécanique, dans les industries de transformation (agroalimentaire, verrerie, papier), le commerce ou comme agents de nettoyage.

Cette mesure constitue un premier pas vers la libéralisation complète qui sera rendu obligatoire à tous les états membres de l'UE en 2011.
La France est en retard sur l'Irlande, le Royaume-Uni, la Suède et désormais l'Espagne qui ont totalement ouvert leur marché du travail à ces immigrés intra-européens. Elle a cependant une longueur d'avance sur l'Allemagne, l'Autriche ou le Danemark dont la proximité avec ces pays leur fait craindre un afflux non maitrisable de travailleurs et qui gardent donc encore leurs portes closes (un visa reste nécessaire).

Après les agitations dues au projet de directive dite "Bolkestein" de libéralisation des services, on ne peut que se réjouïr qu'une telle mesure soit bien acceuillie par les français et leurs syndicats.

Mais cette affaire cache mal un profond scandale. Alors que le taux de chômage en France est encore supérieur à 9% de la population active, des pans entiers de l'économie manquent de main d'oeuvre et cela ne semble choquer personne alors que c'est la démonstration d'une énorme faille dans notre système de formation et dans celui de reclassement des chômeurs.

Si tant de postes sont disponibles pour ces étrangers, c'est la preuve que :
- notre système de formation ne sait pas se réguler en fonction des besoins du marché du travail.
- qu'une société dominée par les services ne peut faire croire à ses jeunes qu'elle n'a besoin que d'emplois à haut niveau de qualification.
- que notre système de protection sociale est bien trop protecteur pour inciter des chômeurs à se tourner vers des emplois, certes peu rémunérateurs, parfois difficiles voire ingrats mais vacants.
Quand le polonais sacrifie ses racines pour venir gagner sa vie sur les chantiers français, le chômeur français ne sort même pas de chez lui pour occuper un poste de serveur dans le bistrot du coin de la rue...

Le constat est là.
Réjouissons-nous de l'arrivée de ces travailleurs motivés et prenons une bonne fois pour toute les mesures qui s'imposent pour bloquer la progression des minimas sociaux, accroître l'écart entre les prestations sociales et les revenus du travail, contraindre les chômeurs de moyenne et longue durée à accepter ces emplois vacants en échange d'une formation adaptée de reconversion et sous la menace de la suppression de leurs droits.

27.4.06

Homos et parents ?


Je crois qu'il serait bon d'avoir vos avis sur le mariage homo et sur l'homoparentalité. Le vainqueur du concours lancé le 23 février sur notre blog se reconnaîtra vite. Bravo à lui. Son sujet a attiré l'attention d'Ambidextre.
C'est que, sur ce sujet, nos voisins avancent. La Belgique a franchi une nouvelle étape ces derniers jours dans la reconnaissance de l'égalité juridique entre couples hétérosexuels et couples de même sexe.
Après le mariage, c'est le droit à l'adoption que la Belgique a, comme d'autres pays européens avant elle, consacré. Et la France dans tout ça ?
Sur Ambidextre, pas d'ambiguités, le débat est ouvert...

5.4.06

Ma vision des choses




D'emblée une mise au point, je suis partisan du réformisme radical proposé notamment par DSK et porté en leur temps par Michel Rocard ou Jacques Delors. Je crois à une gauche qui joue la carte du programme réaliste . Je crois à la construction d'une gauche moderne. A la nécessité de dépasser un socialisme d'accompagnement, qui soigne les maux sans s'y attaquer. Il faut rentrer dans le temps de la social-démocratie, dans laquelle les effets néfastes produits par le capitalisme sont combattus à la source. C'est le capitalisme dans sa façon de produire de l'inégalité qu'il faut transformer. Il faut en finir avec le traitement a posteriori des maux et la dénonciation du capitalisme en tant que système économique. Le capitalisme doit être transformé, pas combattu! La répartition des richesses produites a besoin d'être repensée. L'actionnariat salarié est une bonne piste.
Soyons clairs! Pour DSK, le marché n'est pas un mal mais il n'est pas non plus un tout. Pour lui, le contrat unique avec capitalisation de droits au fil du temps, dans le cadre d'une sécurisation des parcours professionnels est une réponse adaptée au problème du chômage mais aussi au problème de précarité de ceux qui, bien que travaillant, sont pauvres. Pour inciter les entreprises à embaucher en CDI, il propose de jouer sur la fiscalité des entreprises et notamment l'impôt sur les sociétés : plus vous jouez le jeu de l'emploi stable, autrement dit plus vous montrez concrètement que vous êtes une entreprise qui investit dans son personnel, moins l'Etat vous ponctionne.

Je ne suis pas d'accord avec l'ensemble des idées de DSK mais dire aujourd'hui que la modernité est à droite me fait doucement rigoler. La droite actuelle est bien plus conservatrice et archaïque que son état-major tente de nous le faire croire. Il faut suivre de près ce qui se passe à l'Assemblée pour le ressentir. Même l'UDF se sent de plus en plus mal à l'aise avec de tels voisins de majorité! Récemment et pour donner un exemple concret de ce conservatisme: les Députés viennent de vider de son contenu la loi SRU obligeant à construire 20 % de logements sociaux. Grâce à l'amendement Ollier qui modifie la loi Borloo d'"Engagement national pour le logement", exit les 20%. Faire bouger les choses, être "moderne", c'est aussi mettre fin aux fractures spatiales et sociales. Pas qu'avec des mots mais avec une loi contraignante. Contraignante pour les élus locaux qui n'ont pas compris le message de novembre 2005. L'UMP a décidé que l'urgence, c'était les mots, pas la loi.

Concernant le regard que je porte sur les manifs anti-CPE, je dirais qu'elles m'ont semblé justes dans leurs motivations, mauvaises dans leurs revendications, affligeantes dans leurs débordements. Je m'explique. Le CPE est une mauvaise mesure selon moi car elle ajoute un contrat de travail à une liste déjà impressionnante. Qui plus est, elle envoie un mauvais message: la précarisation du contrat serait la solution à l'embauche. Faux, et économiquement, et socialement, et humainement. Ce n'est pas être marxiste -d'ailleurs Marx, que je relis actuellement, est bien plus complexe dans sa pensée que ceux qui ne l'ont pas lu peuvent se l'imaginer - que de dire cela, c'est connaître aussi le fonctionnement d'une entreprise. C'est par exemple connaître le rapport récent de l'OCDE sur le lien supposé entre facilité de licenciement et niveau d'emploi.

Je suis contre le blocage des universités car ils ne sont pas démocratiques. Ils sont même complétement illégaux. Je suis contre les grèves à répétition qui fragilisent un peu plus notre économie et la cohésion nationale, en creusant de nouveau la fracture entre salariés du public et salariés du privé. Et pourtant,comme près de 65 ou 70% de Français, je n'accepte pas qu'au nom du "réalisme", de la "nécessité d'ouvrir les yeux sur le fonctionnement même du monde", on tente de créer des salariés corvéables à merci.
Contrairement aux stéréotypes de droite, pour laquelle un anti-cpe est forcément un jeune qui rêve d'un monde qui n'est pas. Un jeune naïf face à une réalité sociale et économique qu'il ne connaît pas. Un jeune grogui par le rabâchage de clichés gauchistes sur le "méchant patron". Ce jeune, au tee-shirt à l'effigie du Che, incapable de prendre des risques car élevé et entretenu dans l'illusion de l'assistanat. Je crois, moi, comme tous ceux qui veulent une rénovation dans ce pays, que les jeunes français n'attendent qu'un projet motivant pour retrouver du peps. La précarité est ausi psychologique.
Une gauche responsable se construit. Fière de ce qu'elle a fait en 1997 avec Lionel Jospin. Consciente de ses ratés. Pas une gauche tiède, pas une gauche qui renie le socialisme réformiste. Pas une gauche qui accepte de se faire donner des leçons de gestion et de gouvernance économique par des bâtisseurs de croissance molle. Une gauche qui a bien compris que l'économique est au service du social. Que le social a un coût. Que le financement global des finances publiques doit passer par des efforts, notamment sous la forme du non renouvellement des fonctionnaires partant en retraite. Une gauche, enfin, qui a compris, que notre modèle social devait être modernisé.
Mais la gauche, battue sur la question de l'insécurité, n'oubliera pas de rappeler qu'un bilan doit être fait. Pourquoi serait-on plus exigeant en la matière pour la gauche que pour la droite? Posez-vous la question: la droite a t-elle réussi économiquement (l'argument de la croissance mondiale ne tient plus aujourd'hui)? La droite a-t-elle fait baisser l'insécurité? A-t-elle baissé la fiscalité comme promis?
Il faut exiger qu'en politique, on soit comme dans le monde économique, jugé sur ses actes, jugé sur ses résultats. C'est selon moi la meilleure façon de concevoir l'action politique et son évaluation par le citoyen. Les Nord-Américains parlent en la matière d'accountability, c'est à dire de l'exigence éthique pour le politique de rendre compte aux citoyens de son action à l'issue de son mandat. Le même droit d'inventaire, au-delà des palabres électorales, doit être exigé! Sarkozy, Villepin, Chirac ont peut-être un projet pour la France. Certes. Ils ont aussi un bilan. Non?
A l'heure du bilan, j'espère que le réalisme sera de mise.

2.4.06

Il faut que jeunesse se place !


Pardon encore une fois pour le silence des ambidextres ces deriners temps. La main gauche n'a plus internet chez elle pour le moment et la main droite a une activité professionnelle qui laisse peu de temps au blog. Certains réclamaient nos réactions sur l'actualité sociale. Voici la mienne.

L'objet de mon post n'est pas de débattre sur le CPE en lui même (qui ne sera vraisemblablement pas la solution miracle au problème du chômage des jeunes), ni sur la manière dont le gouvernement a mené ce projet (non sans maladresse et archaïsme).

Le principal mérite de ce nouveau contrat est d'être innovant. Enfin de nouvelles solutions pour essayer de résoudre le problème du chômage. D'ailleurs, si ça ne marche pas, il sera temps de le supprimer en 2007. Après tout, les prochaines échéances électorales approchent à grand pas.

Mais la France n'aime pas le changement. Pire, les jeunes français sont profondément conservateurs. Ils se complaisent dans une situation moyenne (pas excellente mais somme toute confortable dans ce beau pays qu'est la 5e puissance économique mondiale) et expriment la crainte de devoir construire leur propre France (plutôt que de vivre tranquillement dans celle de papa et maman).

Pourquoi un petit contrat fait-il tant de bruits ? Regardons qui manifeste :
Les jeunes universitaires. La plupart d'entre eux connaissent très mal le monde du travail. Sont-ils aussi naïfs ? Croient-ils vraiment qu'aujourd'hui en 2006, des beaux CDI les attendent la sortie de leur licence ou master. Pire ! Croient-ils qu'ils feront toute leur carrière ou même les 10 premières années de leur vie active dans la même société ? C'est beau une jeunesse qui rêve.
En fait de quoi rêve t-elle ? D'avoir la même vie que leurs aînés... qui défilent à leur coté.
Les fonctionnaires. Pourquoi sont-ils encore une fois dans la rue ? Sont-ils concernés ? Pas vraiment, non ! Ils ne perdent simplement pas une occasion de rappeler au monde entier qu'ils ont le statut social le plus enviable au monde, payés convenablement, emplois garantis à vie et temps de travail dérisoire, et qu'ils comptent bien le garder, et en faire profiter aussi si possible leurs enfants.
Les lycéens sont aussi dans la rue. Vous ne m'enlèverez pas de la tête qu'à cet âge, on ne perd pas une occasion de mettre un peu de piment à son quotidien d'enfant gâté d'Occident.

Ca frôle le ridicule. Un nouveau mai 68 ? Simples néo-soixante-huitards déjà attardés, je pense. Ils s'emmerdent dans leur vie de lycéens et d'étudiants. Pas de guerre ni de service militaire, pas de révolte (les jeunes de banlieue en ont désormais le monopole), pas de débats de société (l'avortement, la contraception, la liberté sexuelle... ils ont déjà tout, le sida en plus).

Je généralise sur la jeunesse française pourtant elle n'est pas si uniforme.
La jeunesse révoltée ou plutôt arc-boutée (le mot est plus juste car on parle bien ici d'une posture conservatrice opposée au changement) est promise à un avenir relativement difficile. Universitaires, peu préparés pour le marché du travail, ils s'apprétent à galérer au début.
En face, une jeunesse positive (celle des grandes écoles essentiellement) qui n'aura pas de mal à trouver un bon vieux CDI. On pourrait penser que le CPE les inquiète. Au contraire, ils approuvent contrairement aux autres, pour qui ce CPE est fait.
Les abonnés aux contrats précaires pestent sur le CPE. Le mélange d'ignorance et de pensée dominante ultra-gauchisante est détonnant.

Face à un patronat dont les préoccupations sont beaucoup plus terre à terre. Embaucher un jeune : oui si j'en ai besoin et que j'en ai les moyens. Garder un jeune : oui s'il est compétent. Pour combien de temps : j'ignore les perspectives. Virer un jeune : je l'ai formé donc seulement s'il est incompétent ou si mon activité ne me permet pas de le garder.

A coté de cela, les délires marxistes de la jeunesse des centres villes prêtent à rire.
Ce qui fait pleurer, c'est la désintégration totale d'une partie de la jeunesse des banlieues. Ils seraient presque à plaindre s'ils ne se comportaient pas comme des barbares.
Il y a aujourd'hui deux vraies urgences : Retrouver la sécurité civile (la France ne peut se résoudre à autant de violence) et préserver les plus jeunes de La Courneuve ou de Clichy sous Bois d'un avenir aussi sombre. Eux un CPE dans 15 ans, ils ne sont pas contre...

14.3.06

« Think Tanks » : diffuser des idées neuves pour le débat public

Le jeudi 2 mars, à l’initiative de l’Institut Montaigne, le Conseil Economique et Social organisait un séminaire sur le thème « Les idées nouvelles intéressent-elles les politiques et les journalistes ? ». J'y étais.
Invités à échanger, hommes de presse, dirigeants politiques et lobbyistes ont souligné la nécessité de repenser les canaux de production et de diffusion des idées neuves en France. L’occasion de s’interroger sur le rôle joué par les « Think tanks » français.

« Les idées neuves sont récompensées par le système médiatique, usées par le système institutionnel, punies par le système partisan ».
Tout est dit de la difficulté de faire émerger puis accepter une idée nouvelle en France. La phrase de Christophe Barbier, Directeur adjoint de l’Express, fait mouche. Elle rappelle que, dans la course aux idées, la France a pris plusieurs longueurs de retard. Ailleurs, aux Etats-Unis très largement, en Allemagne aussi, l’offre est structurée autour de grands centres de recherches, véritables « réservoirs », gros pourvoyeurs de réflexions en matière de politique publique. Ces « fournisseurs de créativité », placés en amont de l’activité politico-administrative, sont les dépositaires d’une certaine innovation politique. A l’instar des services recherche-développement dans l’entreprise, ils sont conçus comme la source de profits politiques futurs.

Les expériences allemande et américaine sont éclairantes pour la France. Elles montrent que la force d’un « think tank » se mesure d’abord à l’aune de sa puissance médiatique, de sa capacité d’influence. L’Heritage Foundation ou la Brookings Institution ont intégré ces dimensions depuis longtemps, en disposant de leurs propres studios d’enregistrement. La leçon américaine est à méditer. Outre-atlantique, on a compris que la bataille des idées est d’abord celle des moyens mis en oeuvre pour leur diffusion
C’est à cette seule condition – d’exister médiatiquement, donc politiquement – que les idées issues de la recherche des « think tanks » ne restent pas seulement des idées mais qu’elles trouvent une traduction politique concrète soit dans l’action gouvernementale soit dans les programmes électoraux des partis de gouvernement. C’est tout le sens des interventions du Dr. Michael Eilfort, directeur du très influent Stiftung MarktWirtschaft de Berlin et Véronique de Rugy, chercheur à l’American Enterprise Institute (AEI), qui ont particulièrement insisté sur la grande perméabilité existant dans leurs pays, entre monde politique et « think tanks ».

De ce point de vue, les « thinks tanks » français souffrent encore de la faible pénétration de leurs idées dans le monde politique. Les chercheurs sont des penseurs avant d’être des diffuseurs, pis encore, ils sont très souvent uniquement des penseurs, oubliant d’être des diffuseurs. Une nouvelle stratégie de communication, intégrant d’autres supports que leurs seules publications, envisageant de nouvelles cibles, en particulier les dirigeants économiques, doit être pensée. Les revues académiques, éditées par et pour des cercles de réflexion restreints souffrent d’une trop grande confidentialité et d’un manque d’exposition. Les articles publiés dans ces revues d’influence ne sont pas ou insuffisamment repris dans la presse, inexistants ou presque à la télévision. Aux Etats-Unis, les directeurs de « think tanks » sont invités quasi quotidiennement à commenter l’actualité sur les grands réseaux nationaux, faisant ainsi coup double, en promouvant leurs idées et leurs institutions.

Le temps est peut-être venu pour les « think tanks » français de passer du « B to B » (leaders d’opinions - leaders d’opinions) au « B to C to B» (leaders d’opinion – grand public – leaders d’opinions). Il leur faut envisager les moyens d’une vraie communication grand public. Et faire enfin le pari d’une plus grande visibilité, d’une plus grande influence sur les décideurs publics aussi !

5.3.06

Privé de télé !


je vous prie de nous excuser pour cette interruption momentanée de l'image et du son. Merci de nous avoir proposé des thèmes de débat. Nous traiterons chacun d'entre eux dans nos prochains posts. Je relance le blog ce soir avec un sujet assez polémique qui ne manquera pas de vous faire réagir...

Il faut privatiser France 2 !
L'audiovisuel public français devient tentaculaire. La holding France Télévisions regroupe maintenant les chaînes France 2, France 3, France 4, France 5, France Ô. L'assemblée nationale a sa propre chaîne, LCP AN. Le Sénat aussi, Public Sénat. Le gouvernement va donner naissance à la CF2I, la nouvelle chaîne française d'information internationale qui viendra s'ajouter à TV5 Monde à la charge du ministère des affaires étrangères.
Ce véritable arsenal médiatique, auquel s'ajoute également les stations de radio de la holding Radio France, s'apparente presque à un système sournois de propagande, camouflé dans l'illusion de la diversité. Et il coûte cher.
L'Etat n'a pas, à l'heure actuelle, les moyens de ses grandes ambitions.
Plusieurs solutions sont envisageables et régulièrement envisagées.
La hausse de la redevance en est une. Il est vrai qu'elle est en France assez inférieure à celle demandée aux contribuables allemands ou anglais...
Un recours plus important aux recettes publicitaires en est une autre. On pourrait assouplir la réglementation qui s'applique aux chaînes publiques en matière de financement publicitaire, très restrictives.
Je pense que ces solutions sont insuffisantes, dans la mesure où elles n'envisagent que de jouer sur le levier des recettes, sans se poser la question d'une rationalisation des dépenses, davantage en ligne avec les objectifs fixés au service public.
Envisager la privatisation de la première chaîne publique permettrait au service public de mieux assurer ses missions, de clarifier sa position quant à sa dépendance vis à vis des recettes publicitaires et ainsi de stopper sa compétition déloyale avec le géant TF1. La position dominante de la première chaîne française est unique au monde. Privatiser France 2 permettrait d'assainir le marché publicitaire français, à l'aube de l'autorisation pour la distribution de communiquer sur les grandes chaînes hertziennes.
Ensuite, rien n'empêche d'augmenter la redevance et de la répartir plus intelligemment sur un nombre plus limité de chaînes.
Le service public continuerait d'être assuré sans mal... L'arrivée de la TNT et la naissance de France 4 permettent le maintien d'un niveau de service équivalent... sans compter que le téléspectateurs aurait tout à gagner de l'arrivée d'un nouvel intervenant sur le PAF. La démocratie se nourrit de la diversité...

23.2.06

Prenez les commandes du "Grand Débat" d'ambidextre!

Sortir d'une partition à deux mains...au moins une fois.

Après trois mois et 20 commentaires, un constat s'impose. Ambidextre a plus de lecteurs que de commentaires. Comment mieux attirer nos lecteurs vers les comments qu'en leur donnant carte blanche ? A vos claviers donc !

Livrez ici les sujets qui vous passionnent en ce moment et pour lesquels vous aimeriez un vrai débat ! Ambidextre vous donne la parole Amis bloggeurs! Nous lançons le challenge du "Grand Débat". Parmi vos propositions, une seule sera retenue et fera l'objet d'un vrai débat sur le blog!

3 règles: 1) un sujet d'actualité 2) relevant du politique 3) jamais abordé sur Ambidextre

Nous attendons...

14.2.06

Toc ! Toc ! C'est le plombier polonais !

N'ayez crainte, mesdemoiselles, vous ne devrez pas attendre vos prochaines vacances pour retrouver ce jeune et beau polonais sur ses terres. Lech (appelons-le ainsi car la notoriété de son illustre aîné syndicaliste nous assure que son prénom est ainsi typiquement polonais!), je reprends : Lech, plombier polonais, pourra très bientôt venir oeuvrer dans votre cuisine en toute légalité. En effet, la directive Bolkestein a enfin été adoptée par les députés européens après deux ans de débat houleux et un projet de constitution avorté. [Je ne sais pas d'ailleurs si la directive européenne relative à la libéralisation des services doit encore être nommée ainsi du nom du commissaire Bolkestein, qui doit aujourd'hui se sentir orphelin du texte initial dont il revendiquait la paternité.]


En bref, voici les explications nécessaires à la compréhension de mon post :
- le texte adopté ce soir est le fruit d'un consensus entre le PPE et le PSE. Dans le but d'une libéralisation du marché européen des services (après ceux des biens physiques, industriels et agricoles), il impose aux Etats membres d'assurer un libre accès à leur territoire aux prestataires de services des autres pays, avec la disparition d'obstacles jugés discriminatoires et disproportionnés. Cependant, il leur permet de restreindre l'accès à leur marché pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique, de protection de l'environnement, de santé publique, de politique sociale et de protection des consommateurs.
- Ce texte est un compromis dans la mesure où le principe du "pays d'origine", aspect le plus critiqué du projet initial, n'y figure plus : Ce principe, décrié dans des pays comme la France et la Belgique, stipulait qu'un prestataire de services serait soumis à la seule loi de son pays d'établissement, pas à celle du pays d'accueil où il viendrait pour une mission temporaire.

Je me réjouis qu'une directive sur la libéralisation des services puisse enfin être adoptée. Il était temps. Cependant, mon optimisme reste limité.

Il s'agit d'un consensus relativement mou, qui ne témoigne pas d'une reprise de la dynamique de construction européenne et qui ne contente que peu de personnes. Il faut dire que le débat sur cette question est fortement clivé. Les passions se sont déchaînés et les "plombiers polonais" ont cristallisé toutes les peurs des altermondialistes, de l'extrême gauche et même au delà. Dans de telles circonstances, un simple consensus ne peut satisfaire personne. Les gauchistes ayant l'impression -horreur!- d'abdiquer devant le grand capital et les libéraux, de perdre toute l'essence du projet.


Je me rapproche de l'avis de ces derniers :

1/ Les partisans de la gauche craignaient principalement le dumping social. Dans les services, je pense le risque assez limité. Pourquoi ? Car quand nous parlons services, nous parlons d'hommes et de femmes et la mobilité du "travail" est au combien plus difficile que celle du "capital".

2/ Par ailleurs, pour un certain nombre de services, la France (puisque l'habitude est, quand nous étudions les politiques européennes, de les étudier au regard de nos propres intérêts franco-français) manque de main-d'oeuvre. C'est notamment le cas du BTP où certaines entreprises européennes seront ravies de pouvoir combler ce vide... A souligner tout de même, que même avec le principe du pays d'origine, un travailleur polonais comme Lech, qui viendrait individuellement en France, en dehors du cadre d'une entreprise polonaise aurait été soumis aux mêmes conditions d'embauche qu'un travailleur français (soumis au droit français du travail).

3/ Dernier point de mon argumentation -et pas des moindres- la France avait tout à gagner de la libéralisation des services et de la directive Bolkestein version 1. La structure de l'économie française est telle que les services sont parmi les premiers produits d'exportation de l'hexagone vers les autres pays de l'UE. Le secteur bancaire, les assurances, l'hôtellerie, le tourisme, le transport, la communication, les médias, les services aux collectivités, etc : dans tous ces secteurs d'avenir, à la main d'oeuvre souvent très qualifiée, les entreprises françaises brillent et n'avaient rien à craindre d'une telle libéralisation, au contraire.
Nos voisins hollandais, espagnols ou anglais, aux économies comparables à la nôtre, l'avaient bien compris... Aucune pitié pour leurs plombiers, me direz-vous !

13.2.06

Plutôt que la mise au pas de l’Afrique, penser enfin la mise au pot des riches du Nord.


Une confession d’entrée en forme de prise de conscience, j’ai souvent tourné en dérision les personnes, de gauche ou non, qui essayaient de changer notre regard sur l’Afrique. J’ai eu tort. Ces jeunes bénévoles défendant de grandes idées, de belles idées, comme la générosité ou la solidarité internationale méritent mieux que mon cynisme. Penser un développement solidaire est aussi urgent que de penser un développement durable. Ce ne doit plus être une question subsidiaire, en marge des problèmes de flux migratoires ou de défense de la francophonie. Ce ne peut plus être une question laissée aux seuls alter mondialistes et tiers-mondistes. Pourquoi les partis de gouvernement doivent-ils s’en saisir rapidement ?


Première raison. Les pays de l’Union européenne et de l’espace Schengen en particulier sont confrontés aujourd’hui à une gestion problématique des flux migratoires. Les images d’immigrés clandestins de Lampedusa ou plus proche de nous, ceux du centre de rétention de Calais, doivent conduire à proposer des solutions beaucoup plus ambitieuses que de simples barbelés ou même la coordination des polices européennes. C’est à sa racine qu’il faut attaquer le problème, c’est-à-dire en aidant les pays d’Afrique à sortir de l’extrême pauvreté. Deux contradictions sont traditionnellement avancées : 1) l’aide de l’Union européenne est déjà très importante 2) l’Afrique manque d’une élite responsable et offre une multitude d’exemples de gâchis ou de corruption. Cela ne doit pas conduire à laisser les choses en l’état. L’UE devrait accroître sa coopération avec l’Afrique et l’aider à développer ses infrastructures. La jeunesse africaine doit être la cible à garder en tête, c’est elle que l’UE doit viser à travers sa politique d’aide à l’Afrique. Créer sur place des moyens d’encourager l’intelligence avec des universités et des pôles de recherche. Donner à la future génération des chances de s’en sortir. Je me souviens de la phrase de cette jeune ivoirienne invitée au sommet de la francophonie qui s’est tenu en fin d’année dernière : « Si vous ne vous occupez pas de la jeunesse, elle s’occupera de vous »…

Deuxième raison. Le développement économique de l’Afrique peut nous être profitable. Nous ne pouvons pas continuer, au nom de la seule francophonie, d’une politique étrangère de prestige, à financer l’Afrique en pure perte. Il nous faut sortir l’Afrique de la pauvreté pour booster notre propre dynamique. Comment ne pas voir que l’Afrique avec son énorme réservoir de ressources, à la fois humaines et en matières premières, peut être un formidable « dopant » pour l’économie communautaire ?

Le développement solidaire, nouvelle manière d’envisager l’économie et la mondialisation, devra être au cœur des projets politiques en construction. La solidarité n’est pas seulement une exigence morale, c’est un formidable réservoir de croissance, une philosophie de développement économique, aussi efficace que durable.

Disons le clairement, avoir des voisins plus riches, plus sûrs, donc mieux dans leurs propres frontières, ce serait une tranquilité et un sérieux atout pour la France et l'UE !